"Dallas ou le prix de l'intégration" Australie, février 2006 Textes et légendes de Nelly Reffet Dallas, fait figure d'exception au sein du peuple aborigène, largement victime, comme elle, des Générations Volées. Entre 1900 et 1970, dans le cadre d'une politique d'assimilation, plus de 700 000 enfants aborigènes ont été enlevés à leur famille et à leurs terres et placés en famille d'adoption pour les rares chanceux, et en institutions et couvents catholiques pour la majorité. L'interdiction de tout contact avec leurs origines et l'enseignement des rudiments de la culture occidentale étaient les armes de cette politique de "blanchiment" de la race indigène. Enrôlés comme petites mains du couvent, l'avenir, pour ses enfants, se résumait à une vie de tâches domestiques pour des familles occidentales ou dans le confort de l'habitude du couvent. Pour sortir de l'impasse et vivre de ses propres choix, Dallas épousa, à 18 ans, l'homme à tout faire de son couvent. Obstacles, souffrances et traumas, le parcours de Dallas, en vue de l'intégration et d'une certaine liberté, ne se fit pas sans douloureuses batailles, expériences et renoncements.
Statuette de Jésus Christ sur la croix dans le salon de Dallas Philips.
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Complices et pourtant très différentes, Dallas et sa fille Ebony semblent particulièrement unies par les difficultés traversées ensemble.
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Seule âme masculine au sein du binôme mère/fille, le chien est au centre de toutes les attentions de Dallas. « Dans les communautés du nord, il y a des chiens partout, mais personne ne s’en occupe. Ils ont la gale. Ils se battent. Et se multiplient. Mon chien, c’est un privilégié» reconnaît Dallas.
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Après des années d'économie et de restriction, Dallas est fière d’avoir pu acheté sa maison avec son seul salaire et la maigre participation de sa fille. Elle met un point d'honneur à avoir une maison immaculée.
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Bien que consciente et respectueuse de ses origines, Ebony, la fille unique de Dallas est ravie de ses traits occidentaux. Etre belle, hâlée, blonde et pulpeuse, gagner de l’argent, et faire la fête sont ses valeurs premières. Le Bush n’évoque pour elle que sueur et désagréments, ce qu’elle rejette en bloc.
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La nourriture du "bush" semble loin pour Dallas qui, comme tout Australien, dès que les beaux jours arrivent, enchaînent les barbecues à répétition. Une institution culinaire et sociale en Australie. Les barbecues sont mis à disposition dans les parcs ou sur les plages.
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Dallas a la complexité des minorités qui réussissent. Consciente et blessée par le racisme occidental envers les Aborigènes, Dallas cherche néanmoins à se démarquer du reste de son peuple. Sa nouvelle maison, au cœur d’une banlieue proprette de Perth est sa fierté, son signe d’intégration.
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De retour à New Norcia, Dallas préfère rester dans la voiture. Ce fut dans cet orphelinat catholique que Dallas fut envoyée après avoir été enlevée à ses parents à un très jeune âge. Elle y reçut une éducation suffisamment rudimentaire pour pouvoir travailler quotidiennement à l’entretien des bâtisses. Comme la centaine d’enfants déportée avec elle, il lui était interdit de parler sa langue maternelle ou d’évoquer sa famille d’origine: pour les Ordres de New Norcia, ses parents étaient officiellement morts.
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A New Norcia, les édifices prestigieux abritant les religieux et les orphelins blancs font la joie des touristes en mal d’architecture et d’histoire, et la fierté de l’Église, qui a su conserver son patrimoine. Les dortoirs précaires dans lesquelles les enfants « noirs » étaient entassés n’ont curieusement pas été préservés. Pas même une pancarte pour en témoigner.
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A l’adolescence, Dallas fut transférée au couvent de Good Shepperd, dans une agréable banlieue de Perth. Dallas garde des souvenirs mitigés de cette période.
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Musée faisant l'apologie et l'historique du lieu en tant que centre éducatif qui aurait permis l'intégration des enfants indigènes, sauvés par la religion. Aucune mention sur la déportation à l'origine de la présence des enfants aborigènes à New Norcia. Silence sur les châtiments corporels. Silence sur les abus sexuels dont étaient quotidiennement victimes les jeunes filles.
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Pour contrecarrer un destin tout tracé, oscillant entre domestique chez les "Blancs" et couvent, Dallas choisit ce qu’elle pensait être la Liberté. Malgré la mise en garde de la Sœur Joséphine, elle partit avec l’homme à tout faire du couvent, occidental et violent. "J’aurais peut-être dû l’écouter, mais avais-je vraiment d’autres choix ? "
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Au couvent de Good Shepperd, la Soeur Joséphine prit Dallas sous son aile. Au-delà de la ferveur chrétienne, c’est une réelle éducation que Sœur Joséphine a transmis à Dallas. "Sœur Joséphine n’était pas toujours facile mais elle m’a donné des valeurs et l’envie d’évoluer. Au-delà de la croyance en Dieu, c’est la croyance en moi qu’elle m’a transmise".
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The New Norcia cross dominates the surrounding bush area, symbol of its supremacy over the indigenous communities who have been converted either by choice or by force. The cross is known here as the 'Miracle of New Norcia'.
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A une quinzaine de kilomètres de Derby, dans une petite communauté aborigène créée par Dallas et son amie Dorothy, l’ancienne maison de Dallas se décompose. Dallas vivait dans ce préfabriqué d’une pièce avec sa fille et son concubin et l’a quittée quand ce dernier a essayé de l’assassiner, il y a une dizaine d’années. Cette maison, construite par Dallas et avec ses propres revenus, faisait sa grande fierté.
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Dans l’église en coquillage de la communauté de Beagle Bay, le père McNamara et Dallas font le bilan des années passées et de la situation actuelle. La petite communauté aborigène est la ville australienne qui enregistre le plus de suicides, principalement parmi les jeunes adolescents. Drogues et alcool participent à cet état dépressif général qui ne fait qu’empirer. Ni Dallas ni le Père ne baissent les bras, mais la foi d’un avenir meilleur pour Beagle Bay les quitte peu à peu.
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Mariage arrangé selon la tradition pour Desmond et Teresa. "On a appris à s’aimer" dit Desmond, un peu gêné. Desmond est peintre et traducteur de sa langue aborigène à l’Anglais, pour scientifiques et industriels mais aussi pour des projets pédagogiques. Ils ont délaissé enfants et terres pour que Teresa reçoive un nouveau rein. "La vie ici c’est différent du bush ; mais il nous faut s’adapter si nous voulons vivre" explique Desmond. "Je reste aux côtés de Teresa, comme elle a été aux miens quand j’ai arrêté de boire. Un mari et une femme doivent se soutenir mutuellement".
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Paula a quitté son mari blanc, ses enfants et sa communauté près de Wyndham, au nord de l’Australie Occidentale, pour rester aux côtés de son aîné, en attente d’une transplantation cardiaque, à Perth. Paula travaille à la cantine de la résidence sociale où elle vit avec son fils, et d’autres indigènes en attente d’intervention ou en convalescence. Les problèmes cardio-vasculaires restent fréquents chez la population aborigène d'Australie, leur métabolisme supportant difficilement la nourriture occidentale trop riche et trop sucrée.
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Tracy, victime des générations Volées. Sa mère fut déportée à Beagle Bay, enfant, et ne quitta jamais la communauté. Tracy y rencontra son futur mari, Philip, qui fut lui placé très jeune à Beagle Bay. De ce mariage d’amour sont nés plusieurs enfants et le projet de monter leur propre communauté. Belle réussite qui décline peu à peu: depuis que Philip l'a quitté pour la voisine d’en face, Tracy noie sa colère et sa peine dans l’alcool.
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Julie dans une des rues du ghetto aborigène de Redfern. 37 degrés, pas d'emploi, pas d'avenir, peu d'argent : que reste-t-il à faire sinon boire et fuir la réalité ? L'alcool est un fléau qui continue à décimer la population aborigène : violence et meurtres, problèmes de santé, nouveau-nés anormaux. 57% des Aborigènes de plus de 13 ans se déclarent directement concernées par l'alcool.
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Plus de 2500 kilomètres et plusieurs jours de route séparent Perth, où Dallas vit à présent, de son bush du passé, au nord de l’Australie Occidentale.
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Fière de sa réussite, Dallas pleure pourtant ces années plus difficiles où elle vivait en harmonie avec la nature. Mais le retour au bush est amer: seule dans le désert, elle prend conscience que quelques années de vie urbaine sont venues à bout de la majorité de ses connaissances de la terre, son patrimoine culturel.
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Embauchée par le département catholique des Hôpitaux de Perth, Dallas travaille aujourd’hui comme "chapelaine" auprès des patients aborigènes de toute la ville, leur offrant écoute, médiation et soutien.
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Dallas veut croire en les prochaines générations. Son souhait le plus cher est de voir un jour son peuple se prendre en main, cesser de s'autodétruire, et se battre pour affirmer sa place dans une société australienne qui les dénigre.
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